L’Intelligence Economique selon Monica Mallowan

Dernière mise à jour : 17-11-2009

Monica Mallowan, professeur-chercheur à l’Université de Moncton sur le site de Shippagan au Canada, intervient à l’ICOMTEC en tant que professeur invité. Ainsi, elle assure un séminaire relatif à l’un de ces domaines de compétences, dont la recherche d’information, la veille stratégique, la gestion des connaissances et l’audit informationnel. Titulaire elle-même d’un master IECS, elle nous livre sa vision française et canadienne de l’Intelligence économique…


Sa vision de l’IE

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Vous avez une vision transatlantique de l’IE, constatez-vous des différences entre l’approche de l’Intelligence économique au Canada et en France ?

J’aborderai le concept de l’Intelligence économique d’un point de vue universitaire. Il existe en effet des différences entre l’approche canadienne et française. L’approche canadienne fonctionne plutôt par entités distinctes mais inter-reliées, telles que l’information stratégique, la veille stratégique ou encore la gestion des connaissances. Aucun programme universitaire ne présente l’Intelligence économique telle qu’elle est abordée aujourd’hui en France. A l’ICOMTEC, une combinaison complète regroupe la protection de l’information, les actions d’influence, la gestion des connaissances etc. en un seul bloc, l’Intelligence économique. Ma vision transatlantique me permet d’introduire cette méthode intégrée au Canada francophone. Pour ce faire, je travaille actuellement sur le concept d’éducation à l’information stratégique.

C’est un secteur en perpétuelle évolution. Avec le recul, comment percevez-vous ce changement ? en France ? au Canada ?

Ce changement est nécessaire, car on ne peut plus aujourd’hui faire abstraction du fait que l’économie se base de façon définitive sur l’information. Les avancées technologiques ont participé activement à cette évolution. Les professionnels doivent être capables de comprendre que la réussite d’un projet dépend de l’utilisation, de la protection de l’information et d’une grande vigilance par rapport à celle-ci. Aujourd’hui, il est vital qu’une organisation mène des recherches d’information avancées, qu’elle surveille son environnement et qu’elle décèle et comprenne les jeux d’influences favorables et défavorables à son égard. C’est ce qui fait que la protection du système informatique, par exemple, ne soit plus suffisante. Dans l’optique de l’Intelligence économique, c’est l’ensemble de l’organisation, vu comme un système d’information complexe qu’il faut gérer et protéger. A l’ère de la démocratisation soutenue du Web, l’état d’esprit au cœur de l’Intelligence économique devient d’une importance capitale pour les organisations ainsi que pour les individus, et la gestion de l’information a de plus en plus d’impact sur la performance d’une structure.

Avez-vous un penchant pour l’une ou l’autre approche ? Des lectures d’auteurs où des théories peuvent appuyer votre vision des choses ? Quels ouvrages conseillez-vous à vos étudiants ?

Je suis sensibilisée à l’approche française - et notamment par son association des différents axes de l’Intelligence économique, approche qui se propose de former des professionnels ayant surtout un regard critique par rapport aux contenus véhiculés par les moyens de communication. Côté lectures, il existe tant d’ouvrages intéressants qu’il est difficile d’en préconiser quelques-uns. Pour les étudiants canadiens, l’ouvrage de Christian Marcon et Nicolas Moinet L’Intelligence économique, qui est facile à lire, synthétique, condensé, exhaustif et écrit avec beaucoup d’esprit. Et pour les étudiants français je conseillerais l’ouvrage Introduction aux sciences de l’information, rédigé par les professeurs de l’École de bibliothéconomie et des sciences de l’information de l’Université de Montréal, et qui se situe à la rencontre des approches américaine et française dans ce domaine.

 

Sa vision de l’ICOMTEC

Vous connaissez très bien l’ICOMTEC pour y avoir, vous-même, suivi la formation IECS, racontez nous votre parcours…

Je suis titulaire d’un master en Sciences de l’Information de l’Université de Montréal, avec spécialisation en Gestion stratégique de l’information, ainsi que d’un deuxième en Intelligence économique et communication stratégique de l’ICOMTEC. J’enseigne des cours en gestion stratégique de l’information à l’Université de Moncton et je réalise actuellement un Doctorat en sciences de l’information au CEREGE (Centre de Recherche en Sciences de Gestion) à l’Université de Poitiers.

Pourquoi et comment avez-vous choisi l’ICOMTEC pour suivre cette formation ?

Historiquement, l’ICOMTEC est la première école en France à enseigner l’Intelligence économique. C’est un choix pour moi qui s’imposait. Le fait qu’il y ait une entente de collaboration professorale et étudiante entre l’université de Moncton et celle de Poitiers a également facilité mon choix. Il existe, dans les écoles françaises, plusieurs courants, comme le management stratégique ou l’information scientifique, qui exercent une influence sur les concepts et les pratiques au cœur de l’Intelligence économique, mais à l’ICOMTEC les enseignements sont équilibrés et n’ont aucun penchant vers tel ou tel courant. Cette combinaison, gage de qualité, offre aux étudiants une vision complète, une position équilibrée et raisonnée, utile dans leurs futurs emplois.

Vous qui avez un regard extérieur, que pensez-vous des formations proposées au sein de l’ICOMTEC en Stratégie et Management de la Communication et Intelligence Economique ?

Je pense que les deux formations enseignées en parallèle devraient être davantage fusionnées. J’ai une vision américaine des formations professionnalisantes et la gestion stratégique de l’information va de paire avec la communication. Aucune organisation ne peut se passer de faire de la veille ou réfléchir à une stratégie de communication. Le budget des entreprises est souvent restreint et la polyvalence des collaborateurs est privilégiée. Un étudiant qui aurait des compétences en veille stratégique ainsi qu’en management de la communication représenterait un vrai atout pour une organisation.

 

Les échanges franco-canadiens

Depuis l’année dernière, l’ICOMTEC a signé des accords de partenariats avec l’Université de Moncton à Shippagan, c’est une initiative de votre part ? En quoi consiste cet échange ?

Il existait déjà un partenariat-cadre entre l’Université de Poitiers et celle de Moncton au Canada et c’était une initiative de la direction des universités. Nous avons travaillé en 2008, M. Marcon et moi-même, sur les nouveaux accords de partenariats qui ont été signés. Un programme ciblé et des ententes spécifiques ont été mis en place dont la mobilité étudiante, la mobilité professorale et la recherche (la rédaction d’articles et l’organisation d’événements scientifiques). Ainsi, M. Marcon a soutenu une communication dans le cadre du premier Colloque Spécialisé en Sciences de l’Information qui s’est déroulé en août 2009 et il est activement impliqué dans l’organisation de la deuxième édition, prévue pour le mois de juin 2010, toujours à Shippagan.

Vous encouragez les étudiants à partir étudier un semestre au Canada ? Qu’est ce que cette expérience peut leur apporter au point de vue professionnel ?

L’enseignement au Canada est très axé sur le résultat et l’opérationnalité des étudiants dès l’embauche. Les futurs professionnels de l’information sont formés pour assumer divers postes au sein d’une entreprise tel que documentaliste, gestionnaire du contenu, responsable de service d’information ou encore agent de l’information économique - scientifique. Outre cet aspect pragmatique du programme, l’étudiant découvre tout un environnement social, culturel, géographique et linguistique, ce qui peut davantage l’aider à se forger une vision globale de la diversité des manières de vivre et de travailler dans un contexte francophone / nord-américain.

 

Propos recueillis par Camille Fayet

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